On ne peut pas se battre contre l’obscurité, on ne peut que lui opposer de la lumière

Facebook est mon réseau social de proximité. C’est là que je reste en contact avec mes amis de la vie réelle et d’autres personnes que je n’ai pas encore rencontrées mais que j’apprécie vraiment. Ces dernières, je les ai pour la plupart rencontrées sur Twitter, mon réseau social de prédilection.

Et puis il y a les cercles plus lointains de ceux que j’ai connu au temps de mon enfance congolaise. Perdus de vue, ils m’ont retrouvé via Facebook pour la plupart. Je suis content de partager avec les uns. Avec d’autres, c’est plus compliqué. Récemment, l’un deux m’a « recadré » (crime de lèse-majesté zébresque) et j’en suis encore sur le … , oops, surpris.

Laissez-moi vous conter cet incident. Premier acte, je réagis à un poste bourré d’inepties concernant les conditions de détention dans nos chères prisons. Le pitch, c’est que les détenus sont mieux traités que les pensionnaires des maisons de repos. Donc plaçons ceux-ci en prison et les détenus en maison de retraite. Le genre d’assertions sans appel qui se termine par un « tout le monde doit savoir, partagez ». Sous-entendu: « si tu ne le fais pas, t’es sans cœur, tu n’aime pas les personnes âgées. »  L’auteur de ce texte n’avait manifestement jamais mis les pieds dans une maison de repos ou dans une prison.
En quelques lignes, je rectifie les informations concernant les conditions de détention des prisonniers. Par honnêteté intellectuelle, je ne dis rien du sort des pensionnaires en maison de repos puisque c’est un sujet qui m’est complètement étranger.  Je le fais dans un style vif, je le reconnais, mais pas moins que le texte initial et je reste correct. Le seul décalage qui puisse m’être reproché est d’avoir qualifié le texte de « torchon populiste », jugement que je regrette aujourd’hui.

Deuxième acte, des réactions qui me surprennentJ’ai choqué en prenant la défense des détenus. Après tout, s’ils sont en prison, c’est parce qu’ils ont « fauté » (sic) et les pauvres victimes de Dutroux, vous y pensez… Amalgames, lieux communs contre lesquels il faut dix paragraphes d’argumentation pour chaque mot. Nous ne sommes pas au même niveau, le leur est émotionnel, le mien est rationnel. Habitué de ce type d’échange, j’ai appris à en rester là. Mais, en privé, voilà qu’une vieille connaissance  avec lequel, je n’ai pas échangé un mot depuis au moins 35 ans, m’interpelle d’une manière assez sèche. Il s’en prend à mon job. De par mon métier d’assistant social, le rôle que cela implique dans la société, j’aurai dû m’abstenir de ce commentaire et d’un autre quelques semaines auparavant. Si justement, c’est de là que je parle mais si j’ai bien compris, il est interdit de prendre la défense « des méchants ». Puis suivent quelques insultes à peine voilées dans un style correct dans lequel sortent d’autres poncifs: les fonctionnaires et politiques glandeurs contre les travailleurs indépendants ; les étrangers qui sont mieux traités que les Belges parce qu’ils ont des réseaux qui les aident à défendre leurs droits. A ce stade, je ne vois pas où il veut en venir. Quel péché ai-je commis ? Enfin, il arrive au cœur de son interpellation. Après m’avoir dit qu’il me percevait comme un redresseur de torts et que ça l’insupportait, il m’écrit :

« Si ça concerne un règlement, un article de loi,… Pourquoi pas signaler gentillement que c’est inexact, sans revendiquer. Mais ici, il s’agit d’un avis, d’une façon de penser, de voire les choses. Chaque personne est différente. Elle n’a pas eu le même vécu, la même instruction, le même parcours professionnel,etc. Alors SVP restons au deuxième degré. Moi je considère FB comme un lieu d’échanges amical, d’information. Mais pas un forum de politique générale ! » (sic, je n’ai pas touché une virgule).

Donc ne pas avoir suivi le courant de leur pensée a créé un trouble profond dans leur petit monde paisible. J’en suis vraiment désolé. Ce n’est pas un sarcasme.
Si j’avais compris cela plus tôt, je n’aurai pas réagi dans un tel contexte. Je me serai autocensuré pour ne pas blesser, créer de la colère, …  Car en effet et je le sais pourtant, face à des personnes qui partagent une vision du monde très dualiste, il ne sert à rien d’amener un contre-point visant à remettre en question un point de vue largement partagé et rassurant pour eux.  Il leur est difficile d’entrer dans une vision systémique tenant compte de la complexité, relativisant la réalité de chaque acteur, refusant de les stigmatiser, de les réduire à leurs comportements, recontextualisant les mots et les gestes. Un regard qui les autorise à être eux-même et à évoluer. Je vois des êtres humains là où d’autres voient des menaces et des sous-hommes (délinquants, migrants, …). Je vois la lumière derrière les parts d’ombre de chacun et travaille à lui faire prendre le dessus, à lui donner plus d’intensité.

Ma tristesse est d’être confronté à ce mur entre ces deux visions et de ne pas à mon tour comprendre comment illuminer leur regard, l’amener à voir l’autre si différent comme un membre à part entière de la famille humaine.

Que faire alors ? Je me suis retiré quelques jours de Facebook pour réfléchir. J’ai annulé les notifications des messages de ces personnes afin qu’ils n’apparaissent pas dans ma timeline car leur vision du monde est blessante et irritante pour moi.
Je suis resté quelques jours dans l’expectative puis une amie d’une grande sagesse m’a dit qu’on ne peut pas se battre contre l’obscurité, on ne peut qu’ajouter de la lumière. Et cela m’a éclairé. J’avais été bien prétentieux de vouloir faire changer les autres de point de vue, de vouloir leur imposer le mien.
Il ne servait à rien de me confronter mais par contre il était nécessaire de continuer à faire passer des messages lumineux. Chacun est libre de ce qu’il en fait ou pas. Personne ne sait dans quel terrain les graines vont germer. Quel changement de paradigme pour moi qui aime tant confronter et débattre !

 quelalumieresoit

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