Choisir sa cause ? Choisir toutes les causes ?

onsenfoutoupas

J’emprunte le titre à mon amie Roxy Coxy qui, sur sa page Facebook, posait cette question, -ô combien pertinente, dérangeante et pleinement existentielle- à la suite d’un article du Huffington Post :

« Une question que je me pose depuis quelques jours…. est ce vraiment parce que c’est la France ou simplement parce qu’il y est plus extraordinaire d’y subir une telle vague de violence.
Après tout.. Beyrouth c’est tous les jours depuis des années….
Pourtant, un mort reste un mort…..
Alors, se replier dans l’indifférence? pleurer « ses » morts ? pleurer tous les morts? Communiquer? passer sous silence?
Choisir sa cause? Choisir toutes les causes? »

Cette question a immédiatement fait écho. Précédemment, j’y avais déjà réfléchi mais superficiellement, ébauché des réponses que j’ai couchées en commentaire de manière brute. Je n’étais pas satisfait, il me fallait aller plus loin, retravailler certains points quitte à abandonner l’idée de base. Mais l’instantanéité de Facebook et des autres réseaux sociaux ne se prêtaient pas à ce travail. Je me suis donc rappelé le chemin de ce blog, lieu adéquat pour permettre à un cerveau surexcité d’y réfléchir calmement en posant mot après mot des idées qui seront, de toute façon, toujours inachevées. Car cette question renvoie à un questionnement toujours vif sur mes rapports aux autres, au reste de l’humanité. Voici donc mon commentaire revisité :

L’article donne déjà beaucoup de pistes. C’est une question de proximité géographique mais surtout culturelle, parce que nos valeurs sont visées, parce que ça pourrait être nous. Mais aussi parce que pour moi, Paris est ma ville fétiche, un lieu d’émerveillement culturel, de retraite, de repos. Et c’est aussi à tout cela  qu’une bande de gamins fanatisés,  déliés de leurs proches, de leur humanité, -de toute l’humanité-, de leurs émotions;  mais aussi drogués, peut-être par peur qu’une part d’empathie repasse à la surface et mette à mal leur funeste projet.

Mais égoïstement, j’ai eu aussi peur pour les miens, mes biens mon confort, ma liberté de mouvement, de penser, …

Oui j’ai pleuré dans la nuit de cet horrible vendredi 13, mais aussi quand j’ai lu la lettre de ce jeune papa qui y avait perdu la femme de sa vie. Je me suis inquiété pour mes contacts d’Île-de-France tous chers à mon cœur alors que, certains, je ne les ai pas encore rencontrés réellement. Avant cela, j’ignorais qu’il y avait eu des attentats à Beyrouth. J’ai été touché par les attentats au Kenya et au Mali mais pas seulement dans l’émotion toujours présente des attentats de Paris, ni parce que des européens en avaient aussi été victimes. Je ne peut donc dire que je suis indifférent car de la compassion, j’en ai. Elle s’exprime cependant beaucoup moins fort, elle ne m’envahit pas, ne me laisse pas hagard.

« On ne peut porter toute la misère du monde, dit l’adage. »
« Tu aimeras ton prochain comme toi-même, dit Jésus (Mathieu 22:39). » En cela, il fait notamment écho au livre du Lévitique (19:18) : « Tu ne te vengeras point, et tu ne garderas point de rancune contre les enfants de ton peuple. Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Je suis l’Eternel. » En « bon » Protestant, face à l’horreur, mon réflexe a été de me plonger dans les Ecritures et d’y puiser à la fois du réconfort, des pistes de réponse, de la prise de distance dans une parole d’hier qui résonne dans mon aujourd’hui. Et surtout : garder le cap dans mon humanité. Car si mon peuple c’est l’humanité toute entière, mon prochain, c’est celui qui est près de moi géographiquement, relationnellement, …

Je ne considère donc pas les maliens, ou tout autre peuple, comme ayant une valeur moindre que la mienne mais pour préserver mon équilibre et ma santé mentale, je ne puis me laisser bouleverser par tous les malheurs de la terre. J’en ai besoin pour faire grandir mon humanité, ne pas me laisser submerger par la peur et la haine, garder un minimum de rationalité pour continuer à vivre ici, à aimer et me battre contre les amalgames et les tentatives de divisions entre mes prochains. Et cela je le fais à mon modeste niveau et bien au chaud derrière mon clavier.

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